Bribes d'une conversation mémorable avec John Stargasm (chanteur), Mika "Nagazaki" Hasson (bassiste), Greg Remy (guitariste), Tony "Babyface" Poltergeist (batteur) et Jean Montévidéo (guitariste, bassiste, choeurs...).
Comment définiriez-vous l'univers musical de Ghinzu ?
Greg : On n'a pas tellement envie de se donner une définition. Nous on fait de la musique... Un jour, des rappeurs m'ont demandé ce qu'on faisait comme musique et j'ai répondu : du rock indépendant à tendance commerciale. Mais c'était uniquement pour les rappeurs... On fait de la musique pour toute la famille.
La particularité du groupe, pour vous ça serait quoi ?
Greg : On est fous...
Jean : On rigole.
John : Non je pense que c'est surtout qu'on mélange souvent pas mal de styles qui n'ont absolument rien à voir. On peut très bien avoir en plein milieu d'un morceau rock, un peu grandiloquent, un peu opéra, un peu baroque, une espèce de rap...
On est cinq, on a cinq caractères très différents... On écoute chacun des trucs très différents.
Mika : J'écouterai jamais ce que John écoute, par principe.
Jean : Moi à la base je suis DJ...
Y a-t-il des groupes dont vous vous sentez proches actuellement ?
Jean : A part Girls In Hawaii ?
John : Il y a Sold Out, les Strokes. J'adore le dernier album d'Animal Collective, on ne fait pas du tout la même musique. C'est beaucoup plus psychédélique.
Greg : Moi j'adore les Liars ! Je n'écoute presque pas de pop. Je trouve que c'est mieux, comme ça nos influences sont moins directes. Et je ne supporte pas la radio. Je n'aime pas la pop musique actuelle sauf Portishead, c'est magnifique. Little Rabbits... Il y a peu de bonnes choses en fait.
Mika : Moi j'aime beaucoup Serge Reggiani, mais ce n'est pas très intello... Et Sébastien Tellier.
Depuis quelques années, une nouvelle scène rock foisonnante semble s'installer en Belgique. Comment vous-vous inscrivez dans cette jeune histoire ?
John : Il y a pas mal de groupes, de créativité... Bruxelles est une ville assez cosmopolite. J'ai l'impression aussi que pas mal de jeunes écoutent de la musique et essaient d'en faire. Après, ce principe de "scène", ça ne signifie pas faire la même musique, mais plutôt qu'on vient du même endroit. Nous, on écoutait dEUS, qui nous a un peu ouvert la voie. Ils ont commencé à jouer sur la scène internationale et ça nous a donné l'espoir de pouvoir faire la même chose.
Qu'est-ce qui caractérise cette nouvelle scène rock belge ?
Jean : Il n'y a aucun groupe qui fait la même chose. Ce n'est pas comme en Angleterre, où il y a Artic Monkeys qui ressemble à Rascals, qui ressemble à ce groupe de Leeds...
Mika : Avant que les groupes francophones n'émergent, tous les groupes flamands qui marchaient avaient tous le même accent, la même façon de chanter avec la même voix un peu rauque...
Jean : Ils avaient tous été influencés par Tom Waits... Il y avait beaucoup de mélancolie
Greg : D'un côté, il y avait un peu le côté brit-pop, qui n'a pas vraiment marché, et puis le côté rock américain indépendant, qui a plus fonctionné. dEUS a fait plutôt du rock américain indépendant, expérimental.
Lorsque vous parliez de vos précédents albums, vous disiez qu'il n'y avait pas vraiment de concept derrière...
John : Oui, c'est le cas de tous nos albums, on marche comme ça, on est assez instinctif. Tu joues, t'écris des chansons, tu les enregistres, et après quelques mois ou un an, tu te rends compte de l'album que tu peux en faire. On ne se réunit pas autour d'une table, ce n'est pas prémédité.
Mirror, Mirror est un disque assez cohérent...
John : Oui, mais ça ne veut pas dire pour autant qu'on a décidé avant de ce qu'on allait faire. Tu vois, une fois que les morceaux sont enregistrés tu peux décider de la tracklisting, et il y a des morceaux qui sont typiquement faits pour être enchaînés avec d'autres mais après, il y a toute une partie que tu ne contrôles pas, surtout pas en amont.
Antoine : Il y a beaucoup de morceaux qui ont été enregistrés et ne figurent pas sur le disque.
John : J'ai l'impression que ce qui fait la cohérence de l'album, c'est surtout la fin : c'est là que tu le mixes, donc tu prends un parti-pris de son, et surtout, tu choisis l'ordre des chansons.
Comment allez-vous chercher les nouveaux sons ? Qu'est-ce qui vous inspire, qu'est-ce qui vous motive ?
Greg : J'aime bien chercher des sons, sur des synthétiseurs analogiques. On fabrique les sons, on double les basses.
Jean : On aime bien aussi acheter des petites instruments bizarres sur les marchés...
Greg : On a enregistré dans l'un des plus beaux studios du monde à Bruxelles qui s'appelle l'ICP et dans lequel il y a un matos absolument incroyable, donc moi, pendant trois semaines, j'avais foutu un petit studio dans le studio et j'avais pris pédales, claviers, des congs... J'avais installé comme un petit laboratoire.
Pendant l'enregistrement de l'album, je suis reparti chez moi avec des sessions sur des appareils à bande... Il y a eu un gros travail d'édition. Pour moi c'est ce qu'il y a de plus intéressant dans la musique : fabriquer des sons.
Est-ce qu'il y a un disque qui vous a marqué et poussé à faire du rock.
Jean : Le White Album des les Beatles.
John : Un très bon album d'Elvis Presley, avec un morceau qui s'appelle The Damned. Un ou deux albums de Queen.
Greg : Moi j'ai découvert un album extraordinaire d'un groupe qui s'appelle Can. Mais celui qui m'a donné envie de faire de la musique c'est la section rythmique de Billy Jean.
Mika : Sachez que personnellement, je vomis ce genre de musique. Je ne cautionne en rien ça.
Justement, toi tu ne dis rien ?
Mika : Moi ce serait plutôt Les Stranglers.
Antoine : Il y avait une seule cassette qui n'était pas de la musique classique chez moi, c'était Queen.
Jean : Et les Pink Floyd aussi !
Mika : Il y a un certain nombre de références sur lesquelles on est tous d'accord...
Lesquelles ?
Mika : Les Beatles, Pink Floyd.
Greg : Sly and the Family Stone.
Et dernièrement, est-ce qu'il y a un album qui vous a renversé ?
Mika : Sébastien Tellier
Jean : Late of The Pier
Mika : MGMT
Greg : Vampire Weekend
Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement dans le paysage rock actuel ?
Greg : Katerine, on l'adore, parce que c'est vraiment un hurluberlu. Et nous aussi on est des hurluberlus.
Et qu'est-ce que vous y détestez par contre ?
John : Chris Cornell, et son dernier album, Scream.
Greg : Audioslave, le truc qu'il a fait avant, c'était vraiment NAZE. Les groupes américains, aussi. Foo Fighters, c'est naze.
Mika : Kings of Leon
Vous n'en avez pas marre qu'on vous assène que vous êtes un groupe de scène ?
John : Non, on est né sur scène.
Ghinzu, Mirror, Mirror (Barclay) est sortie depuis le 30 mars.