Les femmes patrons sont minoritaires en France. Une étude de l’Insee, parue l’année dernière, illustrait ce constat par des chiffres tout à fait parlants. En 2012, 900 000 femmes étaient indépendantes ou dirigeantes salariées d’entreprise, contre 1 800 000 hommes… soit le double. Les causes de cet écart colossal sont multiples. Afin d’y voir plus clair, nous avons contacté Garance Yverneau, dirigeante du cabinet 5A Conseil, spécialisé dans la formation professionnelle destinée aux femmes.
Des raisons historiques et sociétales
Depuis 1965, année où elles ont pu légalement s’affranchir de la tutelle de leur mari pour gérer seules leurs biens, les femmes font partie intégrante de la vie active française. Cependant, on l’a vu, rares sont celles qui se haussent au statut de chef d’entreprise. « Il y a moins de femmes chefs d'entreprise que d'hommes car elles ne sont pas culturellement incitées à créer leur boîte », explique Garance Yverneau.
Selon la dirigeante de 5A Conseil, les femmes sont enfermées dans des stéréotypes qui constituent un vrai frein psychologique : « Elles n'ont pas été incitées durant leur enfance, puis à l'adolescence et enfin à l'âge adulte à prendre des risques, ce qui est inhérent à la création d'entreprise. » Ce syndrome de la « bonne élève » peut être paralysant. « Le chef d'entreprise doit être polyvalent et avoir une vision d'ensemble, souligne Garance Yverneau. Il ne peut pas être compétent à 100 % sur toutes les sphères de sa boîte : gestion, commercial, RH... Les femmes doivent donc accepter d'être imparfaites pour oser se lancer. »
Résultat : cette volonté de perfectionnisme lié à une éducation spécifique les empêche d’appréhender l’univers de l’entreprenariat. C’est un domaine qui fluctue beaucoup et évolue en permanence. La stabilité n’y règne pas toujours !
Les femmes s’orientent vers le secteur des services
Les femmes manqueraient également, parfois, de la culture économique dont les hommes s’imprègnent plus naturellement. L’éternel cliché des filles plus littéraires et des hommes tournés vers les sciences et les techniques perdurerait-elle ? Malheureusement, il semble que ce soit le cas.
L’étude d’Annie Fouquet intitulée Les femmes chefs d’entreprise : le cas français date déjà de 2005, mais elle est toujours d’actualité. Elle montre que les actives indépendantes privilégient le secteur des services, un domaine où elles sont d’ailleurs majoritaires. « Or, ce sont surtout les secteurs avec des innovations technologiques qui vont être financés », remarque Garance Yverneau. Les hommes entrepreneurs ou indépendants, quant à eux, se tourneraient plus naturellement vers les métiers de l’industrie.
De plus, le stéréotype ne s’arrête pas là. Un autre frein majeur qui empêcherait les femmes de se lancer dans l’entreprenariat, et non des moindres, est la famille et l’entretien d’un foyer. « Ce sont les femmes qui gèrent encore en grande majorité les enfants, les parents vieillissants, les tâches ménagères », conclut la dirigeante de 5A Conseil. Cette « configuration » familiale reste toujours présente, même si la situation au sein des familles tend à évoluer. A l’heure actuelle, sept jeunes papas sur dix prennent leurs onze jours de congé paternité à la naissance de leur enfant. A quand 50 % de femmes chef d’entreprise ?
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