Yasmine : On s'est rencontrés à Paris via un ami il y a quatre ans et on a commencé à travailler ensemble environ un an après notre rencontre.
Mirwais : J'ai beaucoup aimé la voix et le grain de Yasmine. Cela faisait longtemps que j'avais envie de faire un projet dans une langue étrangère, pas forcément occidentale.
Yasmine, comment est tu venue à la musique ?
Yasmine : J'y suis venue il y a dix ans. Au Liban, j'étais dans un groupe, Soapkills. On faisait des choses très roots. On a fait des concerts en France, au Canada, en Australie, etc. Mais toujours pour de petits spectacles.
J'ai aussi pris des cours de musique mais je suis surtout autodidacte. J'ai appris le luth et la guitare mais je suis nulle ; je travaille surtout sur ordinateur. Quand j'ai voulu avoir une base de chant classique, j'ai donc appris le chant classique arabe, puis j'ai fait le conservatoire pendant deux ans, mais ce n'était pas mon truc.
Aviez-vous une idée de départ pour ce projet ?
Mirwaïs : J'étais parti du principe que je n'aimais pas le terme world music. Cela part d'une bonne idée mais il ne correspond à aucune réalité.
Yasmine : Notre collaboration s'est faite de manière empirique. Je voulais travailler avec quelqu'un pour faire quelque chose en arabe, qui soit différent.
C'était notre postulat de départ. Au début, Mirwaïs n'avait pas forcément le temps de travailler avec moi. Donc il m'a orienté vers d'autres personnes au départ, puis on s'est recontacté et je lui ai envoyé des maquettes. Là, il s'est passé un truc !
Comment avez-vous abordé la composition de l'album Arabology ?
Yasmine : Certaines chansons se sont créées à partir de mes compositions et mes paroles, d'autres sont venues de mélodies que Mirwaïs avait composées. On a dû mettre trois ans pour faire cet album, mais il y a eu des pauses.
C'était compliqué à monter car ce n'était pas évident de trouver la meilleure équation dans le genre de titres qu'on voulait. Il ne fallait pas tomber dans certains pièges. Mais, même si Mirwaïs et moi ne venons pas de la même culture, je me suis sentie très proche avec lui. Il a un avis sur les choses, il est curieux et donc cela rapproche, je ne me suis pas sentie étrangère.
On dit que ce disque peut réconcilier le monde occidental et la musique arabe... Qu'en pensez-vous ?
Mirwaïs : Un projet comme Yas est tout à fait intéressant, car il faut savoir qu'une chanson en arabe, comme celles que l'on présente, n'est jamais vraiment diffusée sur les réseaux radios, à part quelques titres de Khaled. Autrement dit, elles ne seront jamais autant matraquées qu'une chanson occidentale. Avec les titres d'Arabology, on n' y est pas encore, mais notre challenge est là !
Yasmine, tu disais dans une interview que tu n'aimais pas forcément les mélanges de musique...
Yasmine : Je n'aime pas forcément les mélanges calculés. Par exemple, ce n'est pas parce que je suis arabe que je vais ramener un luth et chanter dessus. Si j'ai envie d'en ramener un, alors je chanterai dessus sans essayer de copier quelque chose ou pour coller à un concept. Je le ferai car cela viendra de mon envie personnelle.
Avez-vous ressenti des problèmes pour concevoir ce disque étant donné que vous venez de cultures différentes ?
Mirwais : Yas a été une collaboration difficile car on était devant un problème culturel ; c'est très difficile d'intégrer les codes des styles, mais c'est justement ça qui est intéressant.
Cela a été un jeu. Les gens peuvent me prendre pour un fou mais j'ose prétendre que la seule liberté réelle qu'on peut avoir, en tout cas que les artistes peuvent avoir, dans une société marchande où tout est monnayé et monnayable, ce sont les moments où personne ne t'attend sur des projets un peu improbables comme le nôtre.
J'aime bien la liberté que te donne l'incertitude. Pour prendre un exemple, quand des artistes disent regretter le bon vieux temps où ils galéraient, ce n'est pas de la nostalgie qu'ils ressentent, en fait, car c'est le seul moment où ils étaient encore libres.
Yasmine : Moi, musicalement, en plus de la musique arabe, j'ai aussi beaucoup d'autres influences occidentales comme Nina Simone, Beth Gibbons, Grace Jones, Prince et j'aime les voix de Janis Joplin, d'Aretha Franklin, par exemple.
Je vis également à Paris depuis sept ans, du coup, je ne suis pas si éloignée du monde occidental. Et puis j'ai toujours voulu aller au-delà des frontières, pas forcément que dans les langues.
Avec un projet comme Yas, pensez-vous pouvoir lever les étiquettes stylistiques en France ?
Yasmine : Pour ma part, comme je n'ai pas toujours vécu dans un pays occidental, je n'ai jamais eu cette notion de case, je ne savais pas si tel ou tel artiste venait de tel ou tel courant.
Mirwaïs : Tout est encore segmenté. On vit dans une époque où tout le monde dit être ouvert d'esprit, mais les mentalités n'ont jamais vraiment changé en réalité. Moi, comme cela fait longtemps que je suis dans la musique, je dois sans doute moins prouver de choses, mais ce n'est pas le même constat pour d'autres.
Vos projets ?
Yasmine : Une prochaine collaboration avec Mirwais n'est pas exclue. Sinon, je prépare la musique et le chant d'une amie pour une danse qu'on présentera cet été au festival d'Avignon.
Mirwaïs : Je vais faire un disque pour moi. J'aime bien expérimenter.