Chacun peut le définir comme il le veut mais si on me demande mon avis c'est un album de rap. L'essentiel, lorsqu'on écoute une musique, c'est qu'elle nous bouleverse.
Mon esthétique, c'est le rap et j'ai envie de la renouveler donc je fais des passerelles avec plein d'autres genres. Rakim, un rappeur américain, a dit "le rap c'est où tu es" et moi, je suis en France donc je me nourris du patrimoine qui est notamment la chanson française, comme les rappeurs américains puisent dans la soul.
Le rap, c'est la chanson populaire du XXIe siècle ?
Totalement. On est dans l'héritage du texte, d'une forme de militantisme. Pour moi c'est vraiment la musique populaire du XXIe siècle, pour ne pas dire la nouvelle variété.
Comment as-tu découvert Nougaro ?
Ma démarche, c'est de préserver un certain patrimoine et de cultiver une forme de modernité. J'ai le sentiment qu'on a des monstres sacrés merveilleux, Brel, Brassens, Ferré... et parfois on a une attitude un peu muséifiante.
Nous, les jeunes artistes, on a un ballon à saisir au vol. Ce qui m'intéresse à chaque disque, c'est de rendre hommage à quelques-uns d'entre eux et de continuer. Et sur "Dante", Bilal m'a fait écouter du Nougaro et j'ai trouvé ça incroyable.
Dans "Mais Paris", on a même l'impression qu'il rappe. Donc j'ai fait ma version "Paris Mais" comme j'avais fait ma version de "Ces gens-là" de Brel. Nougaro fait swinguer la langue.
Est-ce dans cette même optique que tu as choisi de faire un duo avec Juliette Gréco ?
Pas seulement. Il y a longtemps que je voulais faire quelque chose avec une rappeuse et j'ai vraiment l'impression que Juliette Gréco elle a vraiment l'esprit hip-hop, elle est dans la subversion, elle est hardcore.
Pour moi j'ai fait un duo avec l'une des plus grandes artistes françaises. Gréco en plus est très actuelle. Il y a la légende, mais c'est aussi quelqu'un de maintenant.
Qu'as tu à répondre à tous ceux qui te reprochent ton côté bien-pensant ?
La subversion change selon les époques. Quand on est rock and roll dans les années 1950, on est subversif. Mais en 2009, vouloir écouter du rock et tout casser ou s'opposer par pur esprit de contradiction, ça ne l'est plus.
Pour moi, être subversif aujourd'hui, c'est être dans le consensus positif, c'est-à-dire construire. Le hip-hop est consensuel, au sens noble !
Qu'entends-tu par cela ?
Ce que j'appelle consensuel, c'est travailler pour rassembler des gens qui peuvent avoir des idées totalement différentes mais aussi dire "on a quand même ça en commun, avançons ensemble". Je dis que le hip-hop est consensuel car à l'origine c'est "Peace, Love, Unity and Having Fun", c'est une attitude positive.
Aujourd'hui, il y a des rappeurs qui se disent gangsters mais ce n'est pas du tout subversif. En vérité, ils donnent l'image qu'on veut qu'ils donnent, ce qui n'a aucun intérêt. Ce que je recherche, c'est être moi-même et faire une musique qui peut bouleverser. Être subversif, c'est ne pas être là pour dire ce que les gens ont envie d'entendre.
A l'écoute de "Dante" tu sembles très attaché à la France...
C'est viscéral. Mes racines sont congolaises, j'en suis fier, mais mes fruits sont français, européens. Il n'y a rien de schizophrénique, je suis Français, noir et musulman et cela ne me pose aucun problème. J'aime mon pays, j'ai envie de m'y épanouir. Il y a trop de gens qui souffrent de ne pas être reconnus. Et quand on a de la visibilité, c'est important d'en parler.
Crois-tu au génie français ?
Évidemment. Une civilisation qui te dit "Liberté, Egalité, Fraternité", c'est beau. Si tu ne penses pas aux erreurs humaines mais aux concepts, au rapport à l'universel, à l'idée de la sécurité sociale, tu te dis que c'est merveilleux.
Après quand tu penses aux écrivains, à Rousseau, Camus, Sartre, Césaire... Tu te dis ce pays il est dingue, je l'aime. Il y a tout ça et puis il y a la réalité. Que va-t-on faire pour rendre tout cela effectif et réel sur le terrain. C'est notre combat à tous. Rêver seul, c'est un rêve mais rêver à plusieurs c'est le début de la réalité.
Le dernier disque qui t'as bouleversé ?
Celui de Kanye West, "Welcome To Heartbreak", cet album est incroyable. J'apprécie car Kanye West ne suit pas le même chemin que les autres rappeurs.