Ces deux garçons dans le vent distillent une musique entre la pop, le funk et l'électro. Prenez un peu de Sébastien Tellier, une touche de Laurent Voulzy et beaucoup de Daft Punk, vous obtenez un ovni musical proprement inclassable.
Grosse déception lorsqu'on les rencontre. On s'attendait à deux déjantés, au lieu de ça, les deux compères sagement assis se prêtent à l'exercice de l'interview avec sérieux, promo oblige. Plutôt à l'aise avec leurs typiques jeans slims, la coupe mulet et la basket blanche vintage, ils semblent tout droit sortis d'un magazine de pop londonienne.
Pierre et Victor ont des choses à dire ; bavards, ils déroulent l'aventure, leur rencontre il y a 10 ans au conservatoire de Chaville, leur "formation classique", leurs expériences sur scène avec leur premier groupe : " On était seize sur scène, avec les cuivres et tout ça, on était motivés à bloc, on voulait être pro." Peut-être trop motivés pour s'exprimer librement dans un tel orchestre, ils quittent le groupe et décident de s'associer. La révélation, c'est la French Touch de leurs voisins versaillais, Air, Daft Punk. "On a halluciné, on adorait leur musique, tout le monde achetait leurs disques, on s'est dit qu'il fallait faire la même chose."
De là sont nés ce qu'ils nomment les "premiers germes" de Housse de Racket. "On voulait au départ racketter la house, avec "Housse", on gardait le côté fait maison. Le problème c'est qu'on s'est rapidement rendu compte que la house était un exercice de style vraiment compliqué à reproduire ! On n'y arrivait pas du tout ! On a quand même gardé le nom et le côté synthétique."
D'influences aussi diverses que Gainsbourg, Stevie Wonder ou Michael Jackson, ils essaient de reproduire des sonorités, piochent dans ce qu'ils aiment, achètent du matériel et commencent à enregistrer chez eux. Ce savant mélange de tout qui ne ressemble à rien de connu fait leur force : "Housse de Racket, c'est une entité propre, le groupe a sa propre case et on est bien embêtés quand on nous demande ce qu'on fait comme musique."
Quand on parle des lives, ils se redressent, s'agitent, se regardent, complices : "On est chauds !" et effectivement, ils commencent à jouer en 2005 dans des clubs parisiens branchés (Le ShowCase, le Baron...). Ils suivent Phoenix et Micky Green dans leurs tournées internationales au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Angleterre. Ils jouent avec Benjamin Diamond (Stardust), Jean-Benoît Dunckel (Air) et seront les invités du Grand Journal de Canal + en 2006 alors qu'ils n'avaient rien à vendre. Leur manière de raconter tout ça laisse penser qu'ils n'en reviennent toujours pas. Et pourtant... deux rencontres vont définitivement sceller leur destin.
Gonzales (Feist, Christophe Willem...) les contacte pour ensuite confier leur démo à Renaud Letang (Alain Souchon, Manu Chao, Mathieu Boogaerts), qui prend le relais.
Les yeux brillants, sourire aux lèvres, ils racontent : "Ils sont un peu nos parrains tous les deux. Renaud Letang, tout le monde le veut. Quand on est arrivé dans ses studios, on a halluciné, à la fois stressés et excités, il en impose quand même ! Il a sublimé Housse de Racket, on lui a confié notre bébé car cet homme sait comment faire sonner un disque et on a pas eu besoin de se prostituer. Passer de la chambre de la soeur de Pierre à ça, c'est un truc de fou." Dans le travail de composition, les deux potes sont aussi complémentaires : "Chacun y met sa patte, c'est 50-50 ou alors on compose à partir de boeufs."
Sans avoir prévu un tel engouement, ils s'expliquent : " On a tout fait pour que ça fonctionne, c'est le fruit de beaucoup de travail. Même si ça arrive, on ne s'attendait pas à ça. On garde les pieds sur terre, l'album n'est pas encore sorti, en terme de ventes on ne s'attend à rien, on ne se fait pas d'illusion."
Avec cette envie exacerbée de s'amuser, les deux acolytes poussent leur singularité au maximum. Forty Love, leur album, est en français, chose étonnante pour un groupe aux influences anglo-saxonnes. Ils se justifient en disant que "l'accent pourri anglais", ça leur fait "un peu pitié". "On voulait être original, et le pari qu'on a fait il y a trois ans est en train de fonctionner. Chanter en français, c'est tromper moins de gens, et paradoxalement, on se sent plus proche des groupes français qui chantent en anglais, on en connaît pas mal d'ailleurs qui sont nos potes. Le côté rock en français, on ne se reconnaît pas dedans."
Pour finir, ils ajoutent : "Finalement, on a semé des graines, certaines sont en train de donner des fleurs, et tout ça arrive au bon moment. L'album sort parce qu'on est prêt et pas parce qu'il doit sortir".
Culottés, charmants, avides de nouvelles expériences et surtout bourrés de talent, les Housse de Racket sortent leur premier album Forty Love le 13 octobre, porté par le détonnant Oh Yeah. Ils seront en concert à La Boule Noire à Paris le 29 octobre.