Est-ce que vous pourriez nous parler de votre parcours ?
J’ai 20 ans, j’ai grandi à Mantes-La-Jolie. Suis titulaire d’un Bac S obtenu en 2014 avec mention assez bien. Ensuite j’ai fait une 1ère année de médecine. J’étais classé pour être kiné mais moi je voulais médecine et rien d’autre. Suis plutôt buté dans mes choix... Et puis cette période m’a beaucoup affecté : bosser de 8h à 20h, pas d’amis, l’ambiance en mode esprit de compétition. Bref, j’ai fait un burn out en mars.
J’ai donc changé totalement de voie et me suis orienté vers l’EFAP (Ecole des nouveaux métiers de la communication).
Le programme Talens, qu’est-ce que c’est ?
Talens est un projet initié par des élèves normaliens bénévoles souhaitant agir en faveur de l’égalité d’accès et de réussite dans l’enseignement supérieur. Cela n’a rien à voir avec un programme de soutien scolaire, il s’agit plutôt de développer notre curiosité intellectuelle, de nous apprendre à devenir plus autonome, pour réussir dans les études supérieures. Talens vise à valoriser les bons élèves issus de lycées de banlieue ou dans Paris, mais ne bénéficiant pas d’une bonne image (ZEP, etc.).
Comment s’est passée la sélection concrètement ?
Notre lycée étant partenaire, quand j’étais en 2nde ils ont réuni les meilleurs élèves dans une grande salle pour nous parler du programme (il fallait avoir au moins 16 de moyenne générale et des résultats réguliers dans toutes les matières). Il y avait le directeur du lycée, le CPE, et 2 représentants du programme Talens. Ensuite, chaque lycéen intéressé a eu un entretien personnalisé avec ces deux anciens de l’école Normale, qui souhaitaient évaluer notre motivation, savoir ce qui nous intéressait dans le programme, nos idées de parcours, notre cadre de vie, estimer notre bonne intégration dans le cursus scolaire... Il y a eu un écrémage et j’ai dû me rendre à un 2nd entretien, dans les locaux de l’ENS. Au final on a été 10 de mon lycée à être sélectionnés.
Comment cette formation s’est-elle déroulée concrètement ?
Pendant 2 ans (en 1ère et en terminale), j’ai suivi des cours à l’école Normale. C’était le mercredi et le samedi, 2 sessions de 4-5H chacune, avec des devoirs à préparer, on était une 10aine par classe. Il y a aussi un campus d’été (2 semaines en août). Le tout à prendre au sérieux si on ne veut pas se faire exclure du programme (environ 10 % des lycéens décrochent au cours de la première année, et 20 % au cours de la seconde, ndr).
Il y a des ateliers dans d’autres lycées mais globalement les cours se déroulent dans les locaux de l’ENS. Quand je suis arrivé là-bas pour la première fois j’étais ébahi : le cadre, le palmarès, je me suis senti vraiment privilégié.
Et puis ça nous a fait mûrir : plus de responsabilités, plus d’autonomie… Nos profs étaient des élèves de l’ENS qui prenaient du temps pour nous, c’était vraiment cool.
Qu’est-ce que vous tirez de cette expérience ?
Déjà faut savoir qu’en 2nde j’étais hyper timide, refermé sur moi-même. Et le fait d’avoir accès à ce programme m’a apporté une autre vision, cela m’a valorisé.
Et puis je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais mon lycée est classé « à risque » alors que c’est un des meilleurs établissements des Yvelines. Faut comprendre que dans ce type de bahut, il y a une grosse communauté d’origine étrangère. Et même si ce n’est pas intentionnel, on a tendance à ne pas se mélanger avec les autres communautés. Avec le programme Talens, je me suis retrouvé au milieu d’un groupe de parisiens, ça m’a apporté une autre mentalité. Ça nous a ouverts. Finalement c’est aussi une leçon de vie.
Et quand on interroge aujourd’hui ses enseignants, c’est le même son de cloche :
« J’ignore si c’est grâce au programme Talens mais Hicham est un élève à part, il rayonne, un vrai meneur de troupes. Il a une vision à plus longue portée que bon nombre de ses camarades. Une preuve de maturité peut-être, en tout cas c’est une qualité qui ne s’invente pas… Hicham est un élève plein de bonnes ondes, ambitieux et très prometteur ».
Marie Verliac, enseignante en technique rédactionnelle à l’EFAP
Sur la certification qu’Hicham a obtenue à l’issue de cette formation, figure une citation d’Emmanuel Mounier (Traité de caractère) :
« L’âge adulte est l’âge propre de l’adaptation
Mûrir c’est trouver sa place dans le monde. »
Tout est dit.