Xenoblade Chronicles X, c'est ce jeu de rôle japonais qui sur cent acheteurs, va en convaincre cinquante de le revendre après quatre chapitres, trente d'abandonner au bout de quinze heures même s'ils ont apprécié l'idée, et confirmer aux vingt derniers qu'ils ont acheté quelque chose de grand. Tout simplement parce que le studio a décidé de ne rien faire comme les autres et de jeter plusieurs années d'un cahier des charges parfaitement ficelé du JRPG pour en créer un à leur sauce.
Alors oubliez Xenosaga sur PS2, ne pensez plus à l'excellent Xenoblade Chronicles sur Wii et 3DS car Xenoblade Chronicles X est une nouvelle proposition, un nouveau jeu, à la fois dérangeant, éreintant, maladroit et génial. Et on le répète, c'est un jeu que vous avez 80% de chances de détester ou ne jamais finir.
Rien comme les autres
La première chose qui frappe, c'est cet enchaînement d'idées que l'on retrouve généralement dans un MMORPG. La création de l'avatar muet, l'interaction sociale à travers différentes emotes envoyées depuis l'écran du Gamepad, et ce monde immense où le farming devient une pièce maîtresse, et le scénario principal, un plaisir secondaire. En fait, X est une base de MMO dans laquelle on évolue seul. Parfois, on embarque trois amis mais ce n'est pas le but recherché, plus une option ajoutée "histoire de".
Ensuite, X est un jeu qui vous déteste. Son interface n'est pas pratique, les indications et dialogues vous assureront un abonnement chez Afflelou tellement c'est illisible, et il n'y a pas de tutoriels mais des tonnes de textes dans un sous-menu avec la mention invisible « débrouille-toi ! ». Vous trouviez que le jeu vidéo vous prenait trop par la main depuis deux générations ? Alors soyez rassurés, Xenoblade Chronicles X ne vous la prend pas, il vous l'arrache.
C'est beau mais...
Il n'y a pas de débat possible, le paysage est époustouflant, démesuré, s'il fallait se faire une idée d'un RPG ouvert dans l'univers d'un Jurassic Park futuriste, X serait son parfait représentant. On retrouve cette sensation enivrante de visiter une terre inconnue, toujours aux aguets, pour ne pas finir écrasé sous les pattes d'un monstre immense. La carte indique les zones rouges, dangereuses, que l'on arpente prudemment, mais le danger est généralement partout. Et ce décor n'a aucune frontière, vous pouvez tout visiter.
Mais... ce décor si beau, si vaste, si original est entaché par un design de personnages qui vous renvoie aux productions Monolith Soft PS2, avec ces visages inexpressifs, carrés, vilains, rigides... c'est tout simplement effroyable. Le casting est globalement bon mais esthétiquement, c'est une catastrophe. Et si les mechas ont fière allure... ils ne seront disponibles qu'aux plus acharnés car il faut compter une vingtaine d'heures pour les débloquer et dix de plus pour les faire voler... trente heures d'attente pour profiter d'une feature qui vous faisait rêver durant toutes les bandes-annonces. On vous le dit, X ne vous aime pas.
JRPG mais...
Ici, votre avatar n'est pas un héros mais une main supplémentaire qui soutient les héros du jeu contrôlés par l'IA. Le scénario est présent, mais il faut recoller les morceaux petit à petit pour comprendre l'enjeu. On sait que votre survie est menacée par un peuple extraterrestre qui ne s'est pas suffi de la destruction de votre Terre natale. Mais le système de jeu est tel que l'on a tendance à zapper l'histoire pour se concentrer sur le nombre de niveaux à atteindre pour débloquer la prochaine quête principale.
Mais... il est injuste de ne pas retenir le contenu pharaonique du jeu qui récompense tous ceux qui aiment se perdre dans un décor. Ou cette idée d'appartenance à une division qui vous propose différentes activités pour différents publics. Nous aimons voyager, alors nous avons rejoint les Pathfinders qui parcourent les terres et posent des sondes pour se déplacer plus rapidement. Et puis c'était un moyen de bosser avec Lao qui est l'un des personnages les plus cool du jeu. X, c'est ce jeu qui au fil des heures, a toujours de nouvelles choses à dévoiler, des surprises... c'est ce jeu génial pour tous ceux qui voudront lui consacrer au moins vingt heures.
La version abrégée !
Xenoblade Chronicles X est une horreur pour le grand public, une erreur pour les amateurs de RPG conventionnels, un chef d’œuvre pour les curieux. C'est un OVNI qui perd malheureusement son statut de potentiel GOTY pour ce départ calamiteux. Car il faut bien vingt heures pour lui trouver du génie et retirer cette impression forcée de « non mais c'est bien, c'est grand, oulala, je me perds dans ce décor », qui finit généralement par « bon, bah je le range maintenant mais j'y reviendrai après »... donc jamais.
On trouvera simplement dommage d'avoir confié la musique à Sawano qui a ses adeptes, ses groupies, mais qui globalement a fourni un travail qui ne facilite pas le plaisir de jeu. Qu'il s'agisse des combats ou de ce thème nocturne de New Los Angeles, la musique est à l'image du jeu... complexe à aimer. On est loin du travail de Shimomura pour Xenoblade Chronicles (entourée de cinq autres artistes).