En vingt ans, l’arcade a changé à Tokyo. Autrefois, des bornes étaient disposées devant certaines boutiques. On jouait au dernier The King of Fighters ou à l’adaptation baston du RPG Tengai Makyô en pleine rue. Mais ces dernières n’existent plus et de nombreuses salles ont fermé leurs portes. Pour autant, le constat n’a rien à voir avec Paris. Trouver une salle n’est pas compliqué. Qu’il s’agisse du Club Sega de Shinjuku ouest ou des nombreuses Taito Station de Shibuya à Akihabara, chacune est spécialisée dans un genre. Et s’étale généralement sur plusieurs étages. Le rez-de-chaussée (ou premier étage au Japon) est réservée aux UFO catcher. Ces machines capables de faire fondre un portefeuille en quelques secondes. On y insère une pièce de 100 yens pour une tentative, 500 pour six. Et le grappin descend délicatement vers les nombreux goodies avant de se refermer dans le vide. La peluche du prochain film Ted 2 et ce satané Luffy de One Piece me narguent encore. Tout comme la vingtaine de pièces insérées dans les deux machines. Certains tokyoïtes s’en sont fait une spécialité. Ils observent chaque UFO Catcher et selon le modèle, utilisent des techniques différentes. On apprend ainsi qu’il ne faut jamais viser le centre du goodies. Le grappin relâche sa prise lorsqu’il remonte. Donc il faut l’attraper sur le côté, pour que l’angle à la retombée, le dirige vers la sortie. Les dix autres pièces insérées n’ont hélas rien changé au problème. Ted et Luffy… je reviendrai.
Toi + Moi
J’aime le sous-sol du Club Sega, la fameuse Battle Arena. Où se rejoignent les amoureux de la baston 2D et 3D. On peut toujours se faire du versus sur Street Fighter II ou Alpha 3. Trouver du monde autour des bornes Virtua Fighter 5. Ou avoir un avant-goût du prochain Tekken 7. Dont les bornes proposent aussi bien du combat local que des rencontres en ligne contre des joueurs d’une différente salle. Oui, nos consoles et PC n’ont pas le monopole de la baston en ligne ! Personnellement, j’aime les productions Arc System Works mais l’éditeur n’a plus autant la côte. Dans le quartier de Kabukicho, celui des yakuzas, la salle propose quelques bornes BlazBlue Chrono Phantasma. Le Club Sega dispose timidement six bornes du dernier Guilty Gear Xrd SIGN. Mais actuellement, ce sont d’autres licences qui font mouche. Under Night In-Birth en priorité suivi de Fighting Climax de Sega. Seul Ultra Street Fighter IV est présent dans toutes les salles. Lui est indémodable. Des nombreux lieux visités, je retiendrai surtout l’étonnant quatrième étage de Nakano Broadway. Tout au fond, derrière les boutiques de figurines ultra collector (un Astro Boy d’époque vendu 300000 yens ! Environ 2200 euros), sont disposées quelques bornes. On y organise des tournois limite clandestins vu l’ambiance et le décor. Et ce jour-là, les japonais encourageaient leurs poulains sur Hokuto no Ken Fighting, le célèbre jeu de combat sorti en 2005.
Et pour les autres ?
Au Japon, l’arcade ne se résume pas à des quarts de cercle sur un stick ou ces satanées UFO Catcher. Il suffit d’entrer dans une Taito Station pour le comprendre. On y observe des japonais taper en rythme sur un écran tactile ou s’improviser DJ sur des platines ultra stylisées. D’autres entrent dans des machines immenses pour une expérience à 180° aux couleurs de la série Gundam. Cette capsule gigantesque a hélas un prix… entre 300 et 500 yens la partie selon la salle ! Mais il y a toujours moyen de se défouler à moindre prix. En tapant sur un tambourin par exemple, sur les bornes Taiko no Tatsujin. Et si vous avez un enfant, alors profitez des rangées de bornes Mario Kart Arcade Grand Prix DX pour d’irrésistibles courses locales. Il y a beaucoup moins d’objets à jeter durant la course, contrairement aux versions Wii U et 3DS. Mais le jeu propose un commentateur exclusif qui vous donne la situation de chaque concurrent sur la piste en temps réel. Très immersif ! Notez que la plupart des salles interdisent les enfants à partir de 18 heures.
L’arcade au Japon est donc moins présente qu’il y a vingt ans mais reste une institution. Et une façon ludique de découvrir le jeu vidéo autrement. Car si la baston a rejoint nos salons par le biais de nombreuses adaptations, il faut sortir de chez soi pour ressentir cette rage immense lorsque ce fourbe de Ted reste coincé entre deux barres de métal (vous sentez ma frustration ?). Ou pour s’amuser sur les nombreuses bornes inédites. Si vous passez un jour à Tokyo, allez dépenser quelques yens. Et si vous tombez la peluche… je vous l’achète !