Le joueur se souvient avec émotion de ses premiers pas dans l'univers The Witcher 3 en mai 2015. À observer chaque élément du décor et à se pincer pour être certain qu'il ne s'agissait pas d'un rêve. CD Projekt a relevé d'un sacré cran le niveau graphique de cette génération en créant un monde immense, ouvert et ultra détaillé. Mais on retient surtout cette atmosphère sombre, ces villages crades, loin de sentir le lilas et la groseille à maquereau. Il y a de petites choses qui ne vont pas, et que les deux extensions n'ont pas souhaité améliorer, mais pour son vis-à-vis, sa durée de vie, bien évidemment son héros et le son, The Witcher 3 : Wild Hunt restera à jamais dans nos mémoires de joueur. Même si nous préférons toujours l'excellence de The Witcher 2. Ceci dit, Geralt avait une dernière histoire à nous conter, et il a mis les bouchées doubles !
Le grand cru
CD Projekt conclue la trilogie The Witcher avec l'extension Blood and Wine. On craignait au départ une stagnation du paysage avec de nombreuses quêtes qui se dérouleraient dans Velen puis à Skellige, un peu comme Hearts of Stone, mais le studio a été ambitieux. C'est donc sur les terres inédites de Toussaint que notre sorceleur va officier pendant les prochaines vingt-cinq heures (ou le double pour tout faire). Et le choc est brutal car Blood and Wine change diamétralement sa colorimétrie en nous laissant apprécier des tons bien plus criards.
Du jaune, de l'orange, du rouge, on en prend plein la figure à chaque mètre carré de terrain. Mais c'est aussi une nouvelle ambiance car sur les terres de Toussaint, le peuple n'est pas affamé et ne craint pas les attaques de pillards. C'est un lieu riche et gouverné d'une main de maître par la duchesse Anna Henrietta. Bref, pour son final, The Witcher 3 change diamétralement d'ambiance... enfin pas pour longtemps car la menace vampire gronde. Mais nous tairons toute forme de spoiler. Sachez simplement que vous allez vivre une grande aventure, limite mieux narré que l'histoire principale, avec un contexte très violent mais qui c'est aussi s'alléger avec des quêtes annexes bien plus drôles. Bref, c'est du très grand CD Projekt.
Mais avec des réserves
Blood and Wine a beau être une extension fantastique et une leçon pour tous les autres studios qui nous harcèlent de DLC sans talent, elle ne change en rien les aléas du jeu principal. Si avec Hearts of Stone, vous commenciez à légèrement vous lasser du cahier des charges The Witcher 3, ce rab' ne changera pas la donne. Ainsi, les objectifs se reposent toujours autant sur l'utilisation du sens du sorceleur. On accepte donc sa mission avant de se rendre au point B pour mener l'enquête en examinant une dizaine d'objets en surbrillance.
S'en suit un combat brouillon où l'on va secouer sa lame dans tous les sens en alternant avec le bouclier Quen, avant de récolter son butin maigrichon. Bref, Blood and Wine ne change pas les petits défauts de son aîné et conserve encore ces combats de boss à la difficulté bipolaire. De ceux qui nous bloquent plusieurs fois avant de tomber sous le poids d'un bug d'intelligence artificielle plutôt bienvenu.
Le meilleur pour la fin
Nul ne sait s'il s'agit des innombrables petites améliorations de l'interface, du nouveau décor ou de la nostalgie car le joueur sait qu'il vit ses dernières heures en compagnie de Geralt, mais cette extension nous a semblé la meilleure des trois expériences (Wild Hunt, Hearts of Stone, Blood and Wine). Le jeu est bien plus rythmé, un peu trop bavard par moment mais mieux narré aussi, et on adore l'idée de pouvoir enfin caler le niveau des ennemis sur le notre (dans les options).
Cela évite les trop gros déséquilibres pour tous ceux qui souhaitent jouer en Marche de la Mort mais qui n'ont plus leur héros d'origine niveau 50 pour raisons X ou Y. Vous pouvez donc commencer l'extension en utilisant le Geralt proposé par CD Projekt (niveau 34 avec de nombreux objets et une bourse bien pleine). Et si les boss sont toujours injustes et affichent une barre de vie interminable, ils ont aussi quelques points faibles qui donnent l'illusion au joueur de devoir jouer tactique cette fois pour gagner. Comme ce gros insecte qui se met en boule pour vous écraser et que l'on étourdit quelques secondes en le faisant s'écraser contre un mur. Ce n'est pas fou, mais toujours plus gratifiant que les précédents boss du jeu.
Toujours plus
Alors forcément, le joueur est exigeant et aurait souhaité bien plus encore que quelques teintures pour embellir son équipement ou un domaine à bâtir. Il apprécie le fait d'accéder à de nouvelles capacités mais est aussi las de devoir se séparer des anciennes, qu'il avait déjà du mal à choisir vu le système de progression inchangé. Car dans un RPG, on aime débloquer des compétences utiles et non gaspiller des points pour atteindre la compétence qui nous intéresse.
Et cette extension ne change rien au problème de départ, Geralt n'a que douze compétences actives ! Alors on chipote car l'expérience est évidemment fantastique, notamment pour son rapport qualité / prix qui met à l'amende la concurrence. Mais CD Projekt aurait pu nous donner un peu plus de liberté pour finir brillamment ce qu'ils ont commencé l'an passé. Même si Blood and Wine est sans conteste, une belle réussite.