La force du game designer Fumito Ueda, c'est de penser le jeu vidéo autrement. Là où certains misent sur le graphisme et la démesure d'un décor ouvert, lui va plutôt chercher à créer une émotion entre ses personnages et le joueur, et tant pis si le reste ne correspond pas aux standards générationnels.
On s'en rend d'ailleurs très vite compte en jouant à The Last Guardian qui affiche tous les stigmates du jeu vidéo maladroit. Caméras capricieuses, bugs de collision, redondance des situations, framerate bipolaire selon le support (PS4 ou Pro), on peut effectivement se demander où sont passées les sept années de développement. Et puis débarque Trico, une étonnante bête disgracieuse, mi-oiseau, mi-chat, que l'on tente d'apprivoiser avec quelques sons, quelques gestes... et le charme agit instantanément.
Le joueur et sa bête
Dans The Last Guardian, les mouvements du joueur se limitent à une course et un saut. Il ne peut ni attaquer, ni faire apparaître une flèche jaune sur la carte pour savoir où aller. Pour autant, il ne baisse jamais les bras car le jeu n'est pas cruel, il cherche surtout à lui réapprendre les bases du jeu vidéo... l'observation. Durant le prologue par exemple, il ne sait pas où aller mais comprend que Trico a faim. La bête est sauvage, mais il la rassure avec des gestes simples et quelques tonneaux remplis d'une substance qu'elle semble apprécier.
Et c'est tout simplement ça le sel du jeu, cette logique implacable (il n'y a aucun indice mais on comprend tout) et cette complicité naissante entre le joueur et la bête, et qui va accroître au fil des heures pour débloquer de nouveaux éléments de gameplay. Mais on ne vous gâchera pas la surprise ici.
L’héroïque trio
The Last Guardian n'est pas si éloigné de Ico et Shadow of the Colossus. Car outre ces tons pastels très identifiables, on retrouve les mêmes idées de gameplay avec quelques variantes. Ici, on ne défend donc pas une jeune fille fragile tout en la tenant par la main, mais on partage l'aventure avec une bête qui nous protège constamment. Il n'est pas non plus question d'affronter des géants, mais on retrouve ce système d'accroche pour saisir Trico par le poil et l'utiliser telle une monture volante pour traverser un ravin infranchissable autrement.
Il y a donc à la fois la connexion et la complémentarité entre deux êtres de l'un et la démesure de l'autre. Le tout inséré dans une aventure bien mieux maîtrisée et spectaculaire. C'est donc à la fois un jeu qui peut attirer les curieux, les habitués des productions Team ICO (SCE Japan Studio), mais aussi tous ceux qui n'ont pas été charmés jusqu'ici par les deux autres propositions.
Alors oubliez les préjugés, les sept années de développement ou cette idée farfelue selon laquelle The Last Guardian serait réservée à l'élite intellectuelle. Il s'agit tout simplement d'un grand jeu, certes maladroit et injuste par moment, mais d'une tendresse rare.