Koei Tecmo est assurément gourmand, un peu trop diront tous ceux qui ont croisé sa jaquette dans un étalage de magasin spécialisé et constaté son prix de départ : 60 € ! Oui, l'éditeur est gourmand et sait pertinemment qu'il n'en vendra pas des millions et qu'il faut bien rentabiliser le projet. Alors quitte à en vendre peu, autant le vendre cher. Mais nous ne sommes pas là pour parler économie, on peut en revanche vous conseiller d'attendre une baisse significative de 20 à 30 € pour profiter aussi bien de la belle jaquette que de l'expérience de jeu. Car Nights of Azure, aussi attirant soit-il, ne vaut malheureusement pas beaucoup plus.
Made in Japan
Chez NRJ Games, on aime le RPG japonais sous toutes ses formes. Du plus évident Final Fantasy XV, au plus niche Valkyria Chronicles, en passant par le très occidental Dragon's Dogma, c'est une culture qui nous touche tout particulièrement. Et même si Gust, le studio qui nous intéresse aujourd'hui, n'a pas le budget ni les développeurs de Square Enix pour réaliser des merveilles, la série des Atelier a toujours su garder un certain standing. Alors quand ils annoncent travailler sur une nouvelle licence qui mélange l'action d'un Samurai Warriors et la gestion d'un bestiaire à la Dragon Quest Heroes, on est plutôt confiant. Le dessinateur Yoshiku et ses sublimes planches représentant nos deux héroïnes Arnice et Lilysse ont aussi aidé. Malheureusement, le résultat manque d'ambition.
Un risque gâché
Dans Nights of Azure, le joueur suit une histoire déchirante (sur le papier) entre deux femmes qui s'aiment, mais dont le destin est de se sacrifier pour sauver l'humanité. Si le thème est osé (qu'il s'agisse du destin morbide ou de la relation homosexuelle), il est aussi traité avec une naïveté éreintante. Car Gust n'ose jamais. L'une doit mourir, l'autre essaye de la protéger, mais le dialogue tourne généralement à la blague ou à la relation de cour de récré. On sait que Lilysse ne sait pas cuisiner, que Arnice est la caractérielle du groupe, et que les trois autres intervenants masculins sont uniquement là pour rajouter de la dérision à une aventure qui se noyait déjà dedans. Et le joueur a beau lire chaque dialogue (et ils sont nombreux !), s'intéresser au background ou à se prendre d'affection pour le casting, le pauvre n'est jamais récompensé. Encore moins par la première fin proposée et sortie de nulle part. Alors non, le jeu ne convainc pas par son scénario alors que le studio avait une carte à jouer... un vrai risque.
Un système minimaliste
Nights of Azure se compose de plusieurs phases. Il y a bien évidemment les quêtes pour faire avancer le scénario (taper des monstres), les quêtes secondaires et aléatoires (taper des monstres, allez à l'endroit X ou Y), les quêtes en journée (que l'on ne joue pas mais que l'on active tout de même) et la gestion de son bestiaire. Ces quêtes permettent de récolter des points qui améliorent aussi bien le niveau de Arnice (dix niveaux puis un onzième qui se débloque pour les deux boss bonus) que ses capacités.
Elle peut ainsi débloquer des améliorations pour chacune de ses cinq armes et cinq formes de combat, mais aussi augmenter le nombre de quêtes secondaires (trois à la fois au lieu d'une) et diminuer le coût de certains échanges. En somme, Nights of Azure a du contenu mais a tendance à le remplir dans un espace trop confiné, comme s'il essayait de déménager un appartement de six pièces dans un studio. Et plus embêtant encore, il le remplit de façon maladroite. C'est à dire qu'il faut vingt heures environ pour finir le jeu et débloquer le contenu post-game, mais il en faut vingt de plus pour améliorer complètement Arnice alors qu'elle n'a quasiment plus rien à taper.
Le bon côté des choses
Si on prend le temps de vous tester Nights of Azure, c'est aussi parce qu'il a de bons côtés... voire de très bons. Outre son chara design général (on est fan de Arnice et on assume), le titre de Gust assure des musiques fantastiques. Ne vous attendez pas à des symphonies endiablées comme savent le faire Uematsu (Final Fantasy), Sakimoto (Vagrant Story) ou Kitamura (Dark Souls III), mais à des sons très électroniques à l'ancienne, comme aimaient composer les japonais à l'époque de la PS1.
La partie action n'a rien de fantastique et on a beau switcher d'arme à la volée, il ne faut pas s'attendre à du Devil May Cry 4. En revanche, la gestion des serviteurs est intéressante puisque vous pouvez gérer jusqu'à quatre decks de quatre bestiaux. Certains soignent, d'autres tankent, il y a ceux qui utilisent la magie et font des ravages sur les ennemis immunisés à vos coups, et ceux qui zigzaguent dans les rangs adverses avec une insolence rare. Chaque serviteur évolue de plusieurs niveaux (on peut briser le cap des dix niveaux avec certains items) et débloque de nouvelles capacités ainsi qu'une forme améliorée. On peut ensuite les booster avec un équipement looté sur les ennemis ou acheté en boutiques. Et une bonne gestion des troupes est synonyme de victoire, même contre les rares boss difficiles du jeu. Et puis il y a les différentes formes que peut prendre Arnice qui ajoutent un peu de piquant à l'ensemble, même si une fois la forme Nightmare débloquée, le reste n'a plus d'importance. Bref, l'action n'est pas incroyable mais Gust a fait le travail pour défouler son public ou lui donner envie de farmer les niveaux. Nights of Azure n'est donc pas le plus grand RPG du monde, mais pour son esthétique générale, sa musique et son bestiaire, on a trouvé de quoi rassasier notre soif d'XP. Encore faut-il le trouver au bon prix.