Après une visite de Paris dans Remember Me, Dontnod nous plonge dans le monde merveilleux du lycée. Celui de Blackwell plus précisément, situé dans la ville fictive d’Arcadia Bay. Le joueur y incarne la jeune Max Caulfield, étudiante en photographie. Le profil type de la fille renfermée. Ignorant son talent naturel en dépit des commentaires positifs de son professeur principal. Max est souvent en retrait, incapable de prendre la parole en cours devant plusieurs élèves. Mais elle est aussi rêveuse et dotée d’un incroyable pouvoir, celui de remonter le temps ! Qu’elle mettra d’ailleurs à contribution pour sauver une fille lors d’un échange musclé. Cette fille, Chloé, ne lui est pas inconnue. Quelques années auparavant, elles étaient même les meilleures amies du monde. Elles le seraient encore si un déménagement n’y avait pas coupé court. Mais elles vont pouvoir rattraper le temps perdu. Et jouer de concert pour sauver Arcadia Bay d’une fin tragique entrevue par Max dans ses rêves. Prémonitoire ou fumette de trop, Life is Strange a cinq épisodes pour y répondre.
Derrière ce synopsis inquiétant de naïveté se terre un jeu étonnamment touchant et finement écrit. Le studio français mise tout sur l’ambiance. Et happe son audience grâce à une musique aux sonorités folk particulièrement envoûtante. Idéale pour pardonner bien des défauts techniques. Qu’il s’agisse de la synchro labiale décalée ou sa plastique petit budget. Rapidement, le joueur n’y fait plus attention. Il boit les paroles de l’héroïne et (re)découvre les joies du lycée. Entre harcèlement moral, pics lancés par les starlettes narcissiques de la classe et coups bas sur les réseaux sociaux. Par miracle, Life is Strange ne tombe jamais dans la caricature. Il la frôle, risquant parfois de tomber dans la mauvaise sitcom pour ado. Mais redresse la barre en balançant intelligemment des choix moraux. Une véritable torture pour nos nerfs vu la conséquence parfois inattendue de nos actes. Et entre deux scènes, on se prend à aimer fouiner dans le journal intime. Ou vérifier les SMS de la famille pour observer leurs réactions en temps réel. Life is Strange n’échappe pas au piège de la durée de vie. Gonflant parfois artificiellement cette dernière en vous faisant chercher des objets inutiles dans le décor. Mais sur trois épisodes, le jeu montre une progression intéressante avec un final généralement éprouvant. Notamment l’épisode 3 qui rend insoutenable l’attente du prochain. Nul ne sait si Dontnod tiendra le rythme jusqu’au bout. Mais le jeu est suffisamment convainquant à cette heure pour plonger dedans sans concession.