Naughty Dog c'est Jak & Daxter, Crash Bandicoot, Uncharted, des jeux nerveux, 100% action et pensés principalement pour divertir le grand public. C'est une surdose de spectaculaire avec des effets de caméra donnant le vertige et des personnages drôles, auxquels le spectateur s'attache. Alors forcément, quand le studio annonce travailler sur un jeu sérieux mettant en scène un homme âgé et une adolescente dans un contexte de fin du monde et d'une population infectée par un énième virus... le joueur est étonné. Puis il prend conscience de l'énorme prise de risque, car ce studio qui rime avec Triple A n'a pas le droit à l'erreur. Nul n'attend du père des trois Uncharted, un jeu bancal ou à moitié réussi, The Last of Us se doit de briller par sa mise en scène et la qualité de son gameplay. Et ça tombe bien, car il mettra tout le monde d'accord dès son prologue.
Cruel mais pas gratuit
The Last of Us c'est l'histoire de Joel, un homme dévasté par la mort de sa fille, qui accepte d'accompagner une adolescente à travers les États-Unis car elle représente le dernier espoir de l'humanité. Le parallèle entre sa fille et Ellie, la jeune adolescente, risquait de tomber dans la relation larmoyante et finalement assez bancale. Mais Naughty Dog a su s'entourer des meilleurs pour créer un jeu où rien n’est gratuit ou artificiel.
Les développeurs ne cherchent jamais à vous tirer les larmes ou à vous balancer de l’épique inutilement. Dans The Last of Us, le dosage est parfait, les doubleurs sont parfaits, la musique est parfaite (merci Gustavo Santaolalla), c'est LE jeu quasi parfait. Quasi, car on reconnaît quelques chutes de rythme en cours d'aventure, notamment une scène dans les égouts aussi palpitantes qu'un mauvais épisode de la série (surestimée) The Walking Dead. Mais la saison de l'hiver vers la fin du jeu renoue avec le grandiose. On craignait que Naughty Dog se loupe en créant un jeu sérieux, ils nous ont prouvé que sur la génération PS3, il n'y avait pas meilleur fournisseur de Triple A.
Une leçon de DLC
Le jeu ne se contente pas de mettre en avant les infectés mais joue sur la psychologie de l'être humain et sa soif de territoire. Au fil de l'aventure, le joueur ne sait jamais qui de l'homme ou de la bête est le plus inquiétant. Mais ce sentiment se renforce encore plus durant le contenu téléchargeable Left Behind. Naughty Dog ne s'est pas contenté de recycler la base du jeu principal, comme c'est généralement le cas avec les DLC, mais a proposé une expérience inédite.
Le joueur contrôle Ellie et doit trouver un moyen de guérir Joel. Cette quête annexe se situe donc en plein milieu du scénario principal. Ellie n'est pas forcément plus fragile que Joel, il ne s'agit donc pas de fuir le combat mais de l'appréhender différemment. Car l'humain se mélange aux infectés, si bien qu'il est possible de les faire s'affronter pour économiser ses munitions. C'est aussi une séquence pleine d'émotion où l'on découvre une Ellie fragile, elle qui depuis le début de l'aventure, étonne par son caractère bien trempé. Une fois encore, Naughty Dog trouve le bon angle et prouve son savoir faire en matière de mise en scène. On est sous le charme de cette expérience furtive mais ô combien enrichissante.
Un chef d’œuvre intemporel
Si l'on regrette certains choix lors du passage à l'édition PS4, qu'il s'agisse des mêmes bugs aux mêmes endroits ou du DLC non intégré à l'histoire principale alors qu'il se greffe parfaitement entre deux saisons, The Last of Us Remastered est un incontournable du catalogue nouvelle génération. Encore en 2016, le jeu charme par son décor, son binôme fantastique et cette fin ô combien cruelle en dépit de son aspect «happy ending». Alors même si demain Uncharted 4 a de grandes chances de briller, The Last of Us reste et restera la claque de Naughty Dog.