Sony, le consommateur, les éditeurs tiers, tous ont leur part de responsabilité dans « l'échec » de la PS Vita. Et si personne n'aime évoquer l'échec d'une console, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 13,71 millions de PS Vita vendues à travers le monde (source VGChartz). C'est six fois moins que la PSP, quatre fois moins que la 3DS... onze fois moins que la Nintendo DS et la PlayStation 2 ! Mais comme vous allez le constater au fil de cette CHRONIQUE, cet échec est à la fois logique et complètement absurde. Car sur le papier, la PS Vita est la meilleure portable du monde.
La mini Rolls
Si le joueur des années 90 associe Rolls Royce et Neo Geo, la PS Vita est bien la Rolls des portables. Son écran de 960x544 pixels assure un confort visuel digne d'une console de salon, Sony n'a pas attendu cinq dérivés de PlayStation Portable pour comprendre l'importance d'un deuxième stick analogique (Nintendo, si tu nous entends) et le confort multijoueur est total. La PS Vita, dans sa conception, est la console du gamer mais surtout une console moderne et qui met techniquement la concurrence au tapis.
Même le catalogue se voulait rassurant avant le lancement, avec les annonces de Uncharted, Call of Duty, Assassin's Creed... Irrational Games évoquait un Bioshock Vita. Sur le papier, elle avait tout d'une grande.
Il était une fois à l'Ouest
Mais il faut bien l'admettre, en dépit d'une bonne volonté d'apporter les succès occidentaux de la PlayStation 3 sur Vita, la qualité n'a jamais été au rendez-vous. Uncharted a certes impressionné son public visuellement, mais l'expérience était plus proche du premier Uncharted que de Among Thieves. Call of Duty : Black Ops Declassified était une catastrophe nucléaire, tandis que Ubisoft n'a pas convaincu avec son Assassin's Creed Liberation et ce système de vêtements interchangeables pour varier les techniques de jeu.
Le joueur avait l'impression d'acheter ses licences prestigieuses en version low cost et non de vraies propositions originales sur portable. Quant à Bioshock Vita, on l'attend toujours ! Alors non, la Vita n'a jamais su proposer l'excellence occidentale dans son catalogue, se fermant ainsi une partie du public élevé au headshot, à la course libre dans un décor ouvert et à l'action vertigineuse.
De nationalité japonaise
À défaut de convaincre à l'ouest, la PS Vita a toujours su proposer un catalogue favorable aux joueurs japonais, ou à tous les amoureux de l'import. Lors de notre escapade shopping à Tokyo, nous avons pu constater que les enseignes spécialisées avaient toujours plusieurs rayons consacrées à la portable de Sony. Le contraste avec la FNAC et son coin Vita plus proche du carton posé nonchalamment au sol que du vrai rayon prêtait à sourire. JRPG, Donjon-RPG, Visual Novel, Musou-like, Monster Hunter-like, baston, vous cherchez un genre typiquement japonais, la PS Vita est là.
Un catalogue ciblé
Mais la PS Vita, c'est aussi Gravity Rush, son plus grand chef d’œuvre remasterisé récemment sur PS4. C'est Muramasa et Dragon's Crown. C'est Persona 4 The Golden ou Dancing All Night, la série des Danganronpa ou celle des Atelier. C'est LA portable du joueur JRPG old school qui pourra collectionner tous les Final Fantasy du premier au X-2, refaire les trois Arc the Lad, Vagrant Story, Final Fantasy Tactics ou les deux Suikoden. Car on l'oublie parfois, mais la PS Vita regroupe une bonne partie du catalogue PS1 et PSP, même si certains titres manquent terriblement à l'appel tels que Chrono Cross, Xenogears, Valkyrie Profile et Star Ocean 2. C'est aussi la console des joueurs indé, même si on a tendance à associer cette mode de refourguer tous les jeux indépendants sur Vita avec un cache-misère, car les tiers occidentaux ne bossent quasiment plus dessus. Bref, c'est la console de la nostalgie et des amoureux du jeu vidéo à la japonaise. Et cette cible n'a jamais eu à se plaindre de la PlayStation Vita.
Alors à qui la faute ?
C'est toujours compliqué de trouver un coupable. On pourrait citer Nintendo qui lobotomise chaque génération sans pour autant révolutionner sa formule. Mais la famille achète une portable Nintendo aux enfants, et ces mêmes enfants achèteront une portable Nintendo à leurs propres enfants, c'est le cercle angoissant de la vie. On pourrait accuser Sony aussi qui n'a jamais su ouvrir la voie aux éditeurs tiers en créant la licence imparable, celle qui touche le public japonais et occidental, et qui fait vendre de la Vita par packs de mille.
Car le tiers a besoin de se rassurer avec les ventes pour mettre les meilleures équipes sur un nouveau projet. Mais Sony a choisi rapidement de laisser les tiers se débrouiller avec leur console. On pourrait accuser les tiers qui ont validé les sorties de Resistance, Call of Duty ou même Assassin's Creed, en sachant pertinemment que les jeux étaient médiocres, au plus passables. Après tout, ces jeux n'ont pas aidé à rassurer le public. Et bien entendu, on pourrait accuser le joueur qui n'a pas su franchir le cap ou prendre le risque d'acheter la PS Vita en voyant simplement ses spécificités techniques, son ergonomie sans faille et l'excellence de Gravity Rush. Car si les ventes avaient cartonné dès le départ, alors le catalogue serait très différent aujourd'hui. Mais vu que le voyage dans le temps en DeLorean n'a pas encore été inventé, on se contentera de visualiser l'échec. Mais qu'on se le dise, la PS Vita est une portable fantastique pour tous les amoureux du Japon, et il n'est jamais trop tard pour le découvrir.