Mirror's Edge est un chef d’œuvre et il est inutile d'en débattre pendant des heures. Malheureusement, en dépit d'un chiffre de vente globalement honorable (1,16 millions à travers le monde), il aura fallu attendre huit ans pour découvrir enfin une suite. Il faut dire aussi que sur son million d'exemplaires, 90% des ventes environ a été réalisé lorsque le jeu neuf est tombé à 15 € (on plaisante, mais ce n'est pas loin de la vérité). À sa sortie, Mirror's Edge frôlait le bide en dépit de sa proposition fantastique et parfaitement maîtrisée. DICE, que l'on connaît surtout pour la série des Battlefield et le récent Star Wars Battlefront, a donc décidé de changer de formule, de la moderniser, pour attirer du monde dès son lancement. Mais est-ce suffisant... ou du moins, est-ce réussi ?
Un cahier déjà vu
Si Mirror's Edge ne s'est jamais intéressé à la concurrence, Catalyst suinte le cahier des charges grand public. Qu'il s'agisse de son monde plus ouvert (mais pas totalement), ce besoin de créer un background et un scénario plus travaillé (mais c'est du DICE, donc on reste dans une théorie du complot très basique), l'ajout d'un arbre de talents et de points d'expérience, ou l'intégration de nombreuses quêtes principales et annexes, Mirror's Edge Catalyst a tous les stigmates de cette génération.
Une formule que connaît bien Assassin's Creed, GTA, et tous ces jeux qui font des envieux auprès des différents financiers. Cette année, le jeu développe même sa partie action en créant tout un système au corps à corps pour attirer les plus nerveux d'entre nous. Bref, DICE avait pour mission de moderniser sa formule et d'attirer du monde dès le départ, et c'est ce qu'ils ont fait. Et tant pis si les ajouts n'apportent strictement rien à ce que l'on aimait du premier Mirror's Edge, il fallait que ça change !
Premières inquiétudes
On ne va pas se le cacher, tout ne s'est pas déroulé comme on l'espérait durant la bêta (qui représente 30% du contenu global tout de même). L'idée d'un arbre de talents est bonne, mais le joueur se contente de débloquer des mouvements que Faith maîtrisait déjà dans le premier, et d'autres qui consistent simplement à améliorer sa défense. On sent que l'arbre de talents est là non pas parce qu'il était indispensable au jeu, mais parce qu'il en fallait un.
Petite nouveauté tout de même, Faith débloque un grappin (non disponible sur la bêta) et peut l'améliorer avec ses points. Cette année le décor est ouvert, du moins légèrement, et cela implique tous les basiques qui commencent à nous ennuyer. Que ce soit des quêtes annexes redondantes « vite, tu as trois minutes pour amener cette chose inutile au point X », tous ces objets planqués dans le décor et que l'on ramasse sans savoir pourquoi hormis un trophée / succès à l'arrivée pour les plus persévérants, et des tours de communication à détruire. Mirror's Edge Catalyst ressemble en fait à une production Ubisoft (Far Cry Primal, Assassin's Creed, Watch Dogs) mais sans les années d'expérience du monde ouvert derrière.
Un potentiel indéniable
Que l'on soit inquiet c'est un fait. Nous aimions le premier Mirror's Edge pour son expérience unique, sa philosophie, son absence de violence et cette prise de risque ultime. Celle de proposer un solo de trois heures, un tutoriel pour le grand public, avant de développer tout un système de parkour en temps limité pour les pros, que l'on arpentait pendant des heures pour trouver le meilleur chemin. C'était un vrai jeu de scoring, tandis que Catalyst ressemble plus à un jeu vidéo classique.
En revanche, DICE a su conserver cette prise en main sans faille, ce feeling unique lorsque le joueur entre en transe et réussit le circuit idéal, sans baisse de rythme, avec l'écran qui change de couleur pour souligner sa maîtrise parfaite du parkour. Faith se bat bien plus au corps à corps et manque de pêche, mais toute la partie escalade qui nous intéresse, demeure fantastique. Le code couleur n'était pas encore au point sur la bêta (suivez le rouge pour savoir où aller) et il arrivait par moment de bloquer dans un niveau. Mais du premier tiers visité, outre l'absence de surprise vis à vis du contenu, nous avons été séduit par l'ambiance et l'architecture. On espère simplement que les quêtes annexes changeront un peu d'objectif car jouer les coursiers funambules, c'est amusant une fois ou deux. Alors sachez-le, Mirror's Edge Catalyst est un bon jeu, il n'y a aucun doute là dessus. Mais est-ce un grand jeu ? Seule la qualité des deux autres tiers pourra nous le confirmer en juin. À suivre !