Les développements chaotiques, on les connaît et le résultat est rarement à la hauteur. On peut citer le récent Homefront The Revolution, Duke Nukem Forever, Too Human, même Final Fantasy XII. On peut aussi penser à Final Fantasy XIV qui a su relever la tête à temps pour devenir l'un des meilleurs MMO de l'histoire. Mais aujourd'hui, c'est au tour de Final Fantasy XV de quitter sa grotte de confort et nous prouver qu'il a les épaules pour convaincre toute une génération et nous faire oublier dix ans d'attente. Car quand on pense à Final Fantasy XV, on imagine le sauveur d'un genre, celui qui va prendre quinze ans de JRPG maladroits et redorer son blason. Est-ce trop lui demander ? Sans doute, pour Square Enix en tout cas, le but est déjà de réparer les soucis de stabilité, le sortir, et espérer en vendre dix millions pour éviter l'échec.
Un rêve de neuf ans
Pour quelqu'un qui a suivi le parcours FFXV depuis sa première vidéo d'annonce au Tokyo Game Show 2006, il s'agit surtout de neuf années d'espoir. Neuf ans de rêve à s'imaginer un Final Fantasy dans un contexte réaliste avec un système de combat emprunté à Kingdom Hearts et le tout développé par Tetsuya Nomura. En neuf ans, le titre a changé, le héros a évolué physiquement, on a sauté une génération de consoles, Lunafreya a remplacé Stella Nox Fleuret, mais la confiance a toujours été là.
Ne serait-ce que pour ses influences à Final Fantasy VIII, ou la bande son confiée à Yoko Shimomura qui a toujours mystifié son audience avec des compositions fantastiques (Street Fighter II, Parasite Eve, Kingdom Hearts, Xenoblade Chronicles). Pour l'amateur de JRPG ou la groupie de Square Enix, durant neuf ans, Final Fantasy Versus XIII / XV n'a jamais inquiété un seul instant en dépit de son développement bipolaire.
Un an de doute
Mais dans sa dernière ligne droite, on peut évoquer la maladresse (pour ne pas dire dégringolade) commerciale. Square Enix mitraille les informations sur le jeu, les présentations loupées, les vidéos inutiles et les couacs. Le dernier en date et le plus improbable, le report du jeu au 29 novembre alors que l'éditeur avait préparé tout un événement pour annoncer le lancement définitif au 30 septembre. On touche le fond mais on préfère en rire, ou profiter du temps pour voir et revoir l'époustouflant Kingsglaive.
Depuis un an, l'éditeur tente de rassurer son public mais enchaîne les démos maladroites. Et on ne pense pas à la (très bonne) démo Platinum, qui a malheureusement troublé les curieux au lieu de les rassurer en leur faisant croire qu'ils contrôleraient un enfant capable de se transformer en voiture, mais des démos officielles. La dernière en date, celle du PAX, n'a fait qu’appuyer le doute quant au potentiel du nouveau système de combat. On découvrait le héros Noctis et ses trois acolytes dans une grotte, incapables de taper correctement l'armée des gobelins à cause des angles de caméra improbables. C'est généralement le souci des RPG qui ne veulent pas créer des arènes dédiées au combat, la caméra s'emballe dans les endroits exiguës. Les joueurs de Tales of Zestiria en sont témoins.
L'inquiétude plane
Alors oui, on aime Final Fantasy XV depuis dix ans mais le stress est là. Et à qui la faute ? Indirectement à Hajime Tabata, improvisé directeur remplaçant de Tetsuya Nomura durant la dernière ligne droite. L'homme connaît évidemment son métier et fait ce qu'il peut, mais le projet est possiblement trop ambitieux pour un homme qui n'a dirigé qu'un jeu smartphone (Before Crisis) et trois titres PSP (Crisis Core, The 3rd Birthday, Final Fantasy Type-0) pour le compte de Square Enix et découvre la folie d'un Triple A.
Et quand on connaît Type-0... on flippe, même si Nomura a géré la majorité du projet. Le joueur a aussi envie d'accuser Square Enix qui n'a pas su maîtriser ses présentations en confiant des gameplays clés à un chef marketing qui n'a pas le skill ni le temps pour réaliser des démos sans faille. C'est un métier. On se souvient donc de la démo catastrophique du jeu durant la conférence E3 2016 de Microsoft contre le Titan. Bref, tout est en place depuis un an pour faire douter les joueurs les plus confiants et la question se pose... et si Final Fantasy XV n'était qu'un bon jeu et non le chef d’œuvre espéré ? Alors l'avenir de la série sera potentiellement remis en cause pour des projets moins ambitieux, moins coûteux... sur smartphone ou au mieux, sur 3DS. Il y a donc des chances, si le quinzième chapitre n'est pas à la hauteur, que la série porte malheureusement bien son nom. On termine tout de même sur une bonne nouvelle confirmée hier soir (7 septembre 2016) par le concert Live en direct des studios Abbey Road : quoi qu'il arrive, la musique est fantastique. On remercie d'ailleurs Square Enix pour ce grand moment.