Karen Levy Bencheton, créatrice de la websérie Sophie la Girafe

Si vous n’avez jamais eu de jouet Sophie la Girafe, vous savez au moins à quoi elle ressemble. En 2017, elle devient l’héroïne d’une websérie diffusée sur Youtube, spécialement conçue pour les tout-petits, et basée sur la méthode Montessori. Derrière ce joli concept se cache Karen Levy Bencheton, scénariste et productrice, qui a accepté de nous raconter la genèse du projet.

Karen Levy Bencheton, créatrice de la websérie Sophie la Girafe © Karen Levy Bencheton


Disons-le tout net : le générique de Sophie la Girafe est l’un des plus mignons que vous verrez cette année. Ce n’est pas seulement dû à la musique composée par Romain Trouillet, c’est aussi à cause des dessins à la fois simples et adorables, et de l’amour évident qui émane de cette websérie spécialement conçue pour les tout-petits. Le principe de chaque épisode ? Avoir un format court, éducatif et un scénario basé sur la méthode Montessori. Intriguée, nous avons contacté Karen Levy Bencheton, la productrice et scénariste à l’origine du projet.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, sa petite websérie de 15 épisodes de moins de trois minutes chacun n’est pas une commande. C’est Karen Levy Bencheton qui est allée trouver les détenteurs de la marque Sophie la Girafe pour leur proposer une série d’animation. La production, séduite, n’a pas mis longtemps à accepter, ce qui reste… plutôt rare dans le milieu. « Etre une femme à la fois scénariste et productrice, c’est le parcours du combattant, explique Karen Levy Bencheton. Surtout quand vous venez avec un projet qui s’adresse à la petite enfance, c’est un domaine dont on parle encore très peu. La production est un milieu très masculin et normé. Il faut se battre, mais on finit par y arriver ! »

 

Comment avez-vous été amenée sur ce projet de websérie ?

Karen Levy Bencheton : Je suis dans l’animation depuis plus de 25 ans, j’achète des produits finis pour Gulli et Disney Channel. J’ai commencé à avoir l’idée de ce projet quand j’ai rencontré Laydu, qui a créé la série Bonne nuit les petits. J’ai aussi rencontré Dick Bruna, le créateur danois du personnage Miffy, et j’ai beaucoup travaillé avec lui sur ce personnage… Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose !
 

J’ai vu la fille d’une amie qui m’a dit que son jouet préféré, c’était sa tablette. J’ai eu peur et j’ai pensé qu’il fallait agir. J’ai donc essayé d’axer mon projet autour d’une marque bien connue des parents et des enfants, Sophie la Girafe. Il faut savoir que les ayant droit avaient refusé depuis la création du jouet qu’une série soit faite à son sujet ! La plupart des gérantes de la marque Sophie la Girafe sont des femmes, et l’approche pédagogique du projet leur a parlé. J’ai un fils qui est grand maintenant, mais la méthode Montessori présente beaucoup de similitudes avec la façon dont je l’ai éduqué.

 

Justement, pourquoi avoir choisi la méthode Montessori pour structurer votre websérie ? On voit beaucoup de méthodes éducatives émergentes ces derniers temps, pourquoi celle-ci en particulier ?

C’est surtout à cause de rencontres. Je suis allée à l’école de Nogent-sur-Marne qui fonctionne selon la méthode Montessori. J’ai eu un vrai coup de cœur ! Les enfants y sont heureux, ils avancent à leur propre rythme, et ils savent déjà comment fonctionnent la vie en communauté. Ils sont aussi très avancés sur certaines matières, ils en savaient parfois plus que moi !

 

La série est faite d’épisodes en format court. Est-ce que le fait d’écrire une websérie pour Youtube a eu une influence sur votre façon de l’écrire ?

Je ne voulais pas faire un format long pour que les enfants ne passent pas trop de temps devant. Je vois vraiment cette série comme un moment d’échange, qui doit permettre un dialogue avec les parents. Elle doit être respectueuse de ça.

La série fonctionne comme une maman, c'est-à-dire qu’elle se veut bienveillante et pédagogique. Elle s’adresse aux enfants comme j’ai pu le faire, ou comme d’autres parents le font. Youtube n’a pas eu d’influence sur mon écriture, j’ai vraiment envisagé les épisodes comme un dialogue.

 

Est-ce vous qui avez trouvé les thèmes de chaque épisode, ou êtes-vous allée voir la production avec votre idée de websérie, et ce sont eux qui vous on dit sur quoi écrire plus précisément ?

J’ai tout déterminé. Je souhaitais articuler la série autour de l’apprentissage pur, avec une notion précise pour chaque épisode, éveiller les enfants à différentes choses. Par exemple, il y a un épisode qui s’appelle Paris, pour leur apprendre la notion de ville. J’aimerais aller plus loin dans la suite, en présenter d’autres, j’ai déjà écrit la saison suivante.

 

Si vous pouviez citer un avantage et une difficulté d’écrire pour les tout-petits, quelles seraient-ils ?

L’avantage, c’est que c’est plaisant à faire, et surtout de savoir qu’on fait du bien en créant cette websérie. On a fait des projections auprès des tout-petits : ils sont absorbés et concentrés. C’est aussi parce que Sophie la Girafe est une figure qu’ils connaissent depuis longtemps et qui fait partie de leur univers. Pour écrire la série, je me suis beaucoup documentée, j’ai aussi lu Céline Alvarez. Pour les difficultés… il n’y en a pas, il n’y a que des avantages ! Encore une fois, on écrit en sachant qu’on fait du bien aux tout-petits

 

 

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